Environnement et développement durable

Dossier : Préoccupations actuelles des dentistes en devenir

Il est désormais acquis que les enjeux modernes de l’entrée professionnelle dans le secteur dentaire privé dépassent très largement l’aptitude médicale, prérequis fondamental, pour s’étendre à des considérations pratiques qui ont pu faire défaut au cours de la formation académique. Gestion d’entreprise, marketing, communication, logistique sont autant d’éléments qui ne peuvent plus être ignorés ou improvisés comme accessoires à la réussite d’un cabinet. Cette prise de conscience transparaît ainsi notamment dans les préoccupations des chirurgiens-dentistes en devenir, dont les thèses de fin de cursus depuis une quinzaine d’années s’éloignent de plus en plus souvent des thèmes purement médicaux pour se déplacer vers ces questions pratiques et concrètes quant à ce qui les attend à la sortie de leur formation. C’est un survol de ce phénomène et de certaines de ces thèses, illustrant les enjeux et préoccupations actuels des futurs praticiens, que ce dossier propose de présenter, en les regroupant en trois grands thèmes : l’ergonomie et l’optimisation du cabinet, sa gestion et son management, et enfin les principes modernes de communication et de rapport au patient.

I. ERGONOMIE ET ORGANISATION DU CABINET DENTAIRE

1. Optimisation des locaux 
2. Optimisation des dispositifs instrumentaux 
3. La réduction du nombre de séances de traitement par le rallongement des durées 
4. Les gestions des rendez-vous non programmés 

II. MANAGEMENT ET GESTION DU CABINET DENTAIRE

1. Finances, fiscalité et ressources humaines 
2. Le management de groupe et la démarche qualité 
3. Environnement et développement durable  (en deux articles)

III. LA RELATION PATIENT 

1. L’abord du patient : psychologie et communication
2. L’optimisation des premiers rendez-vous

Deuxième partie : Management et gestion du cabinet dentaire

  1. Le développement durable au cabinet dentaire (Partie 2)

« Qu’on se tourne vers les entreprises, les collectivités, les autorités ou les Français en général, le développement durable semble bien être devenu incontournable. Bien loin du simple effet de mode prédit par certains il y a déjà quelques années, le développement durable est bel et bien devenu un mode de vie. Un état d’esprit que la crise a renforcé. Selon l’Observatoire IFOP du développement durable, pour près de huit Français sur dix, ce que chacun fait individuellement contribue vraiment à protéger l’environnement, tout comme ce que font les entreprises. Selon TNS Sofres, 93 % des entreprises ont déjà réduit leurs dépenses d’énergie, 62 % ont commencé à établir un bilan carbone de leurs activités et la majorité ne s’est pas contentée d’œuvrer pour la planète mais a élargi ses actions aux aspects sociaux et sociétaux.

Il en va de même dans notre profession, parmi les mieux organisées et les plus solidaires du monde libéral de santé en matière de développement durable. Des structures comme l’Office national dentaire pour l’environnement (ONDE), créé en 1998, ou la filière de recyclage Recydent4 mise en place par l’industrie en 2008, sont là pour en témoigner. Sans oublier tout ce que vous faites dans vos cabinets au quotidien en tant qu’employeurs pour préserver l’environnement, pour améliorer l’accès aux soins, ou pour promouvoir la santé publique. Autant de points sur lesquels nous avons besoin de faire le point afin d’aller encore plus loin. » (Hescot P., Trouillet J. Edito. ADF INFOS 2012)

Définitions et contexte

Définition, intérêts et objectifs

Le développement durable est une notion qui a vu le jour dans un passé très récent. Selon le Ministère de l’Écologie, du Développement Durable et de l’Énergie, la situation actuelle de la planète en termes de démographie et de disponibilité de ressources nous pousse à nous poser quelques questions fondamentales : comment concilier progrès économique et social sans mettre en péril l’équilibre naturel de la planète ? Comment répartir les richesses entre les pays riches et ceux moins développés ? Comment donner un minimum de richesses à ces millions d’hommes, de femmes et d’enfants encore démunis à l’heure où la planète semble déjà asphyxiée par le prélèvement effréné de ses ressources naturelles ? Et surtout, comment faire en sorte de léguer une terre en bonne santé aux générations futures ? C’est pour tenter d’apporter des réponses concrètes à ces questions qu’est né le concept de développement durable.

Le changement climatique, la consommation d’énergie, la production de déchets, les menaces pour la santé publique, la pauvreté et l’exclusion sociale, la gestion des ressources naturelles, la perte de biodiversité, l’utilisation des sols… Autant de défis qui nous amènent à repenser notre économie et notre croissance en faveur d’une société plus « sobre ». Le développement durable a été défini dans le rapport élaboré par la commission mondiale sur l’environnement et le développement (Commission Brundtland) dans son rapport intitulé « Notre avenir à tous » (Our Common Future) comme « la capacité des générations présentes à satisfaire leurs besoins sans empêcher les générations futures de satisfaire leurs propres besoins » (Brundtland, 1987). Selon le National Health Service britannique et suivant cette définition, une organisation durable est souvent celle qui a les meilleures chances de survivre longtemps. Selon le Ministère de l’Ecologie, du Développement Durable, et de l’Énergie, le développement durable exige une implication de tous les groupes socio-économiques d’une population. La réalisation effective des objectifs du développement durable, ne peut aboutir que si l’ensemble des acteurs de la société agit en commun : les entreprises privées, publiques, les associations, les organisations non gouvernementales (ONG), les syndicats et les citoyens. Selon la Haute Autorité de Santé, il s’inscrit dans une démarche de responsabilité sociétale des organisations par :

• Une responsabilité environnementale qui prend en compte l’impact de ses activités.
• Une responsabilité sociale vis-à-vis de ses salariés et en externe de ses partenaires, usagers…
• Une responsabilité économique (choix d’investissement, d’activité de l’organisation et ses conséquences territoriales…)

Cette responsabilité implique des principes et des pratiques de responsabilité dans les processus de décision, de management et des pratiques professionnelles. Il est devenu une composante essentielle de la stratégie des entreprises. Le monde de la santé n’y échappe pas. À travers le respect des normes, la recherche de la sécurité sanitaire dans toutes ses composantes (l’eau, les déchets hospitaliers, le risque infectieux…) et la gestion des risques, une réflexion est déjà engagée. Le développement durable en santé permet de réconcilier les démarches qualité déjà existantes en posant de nouvelles questions et en affinant le raisonnement sur (HAS, 2012) :

•les valeurs, missions, activités d’un établissement de santé et ses notions de responsabilité sociale et environnementale,
•la démarche d’amélioration continue de la qualité dans une perspective de continuité et de durabilité,
•la gestion des risques avec les risques environnementaux, sociaux et économiques,
•un système de soins respectueux de l’homme et de son environnement.

Selon le National Health Service (NHS) anglais, cinq raisons principales nous incitent au développement durable au niveau du secteur de la santé :

• Les économies d’argent.
• Les bénéfices sur la santé à court et à long terme.
• La position dominante en termes de marché des organisations de santé, surtout lorsqu’il s’agit des grandes structures, fait qu’elles peuvent décider de leurs achats sur les communautés locales.
• Les ressources naturelles limitées.
• Le devoir légal de diminuer les émissions de carbone.

Contexte actuel dans le monde

Le développement durable est un concept qui est d’actualité dans beaucoup d’organismes internationaux. Plus particulièrement, la santé est un des secteurs où les efforts sont les plus conséquents. Au-delà de l’ONU, qui a intégré cette notion à ses efforts collectifs, on peut mentionner plus spécifiquement au secteur de la santé et de l’odontologie :

  • L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) : autorité directrice et coordonnatrice, dans le domaine de la santé, des travaux ayant un caractère international au sein du système des Nations Unies. Elle est chargée de diriger l’action sanitaire mondiale, de définir les programmes de recherche en santé, de fixer des normes et des critères, de présenter des options politiques fondées sur des données probantes, de fournir un soutien technique aux pays et de suivre et d’apprécier les tendances en matière de santé publique. Elle est aussi un organisme impliqué dans le développement durable, le changement climatique entre autres. Plusieurs documents ont été élaborés en vue de diminuer l’empreinte carbone dans le secteur de la santé ainsi que d’autre pratiques nocives pour l’environnement.
  • Le National Health Service (NHS) : système de la santé publique de la Grande-Bretagne. Depuis son lancement en 1948, le NHS est devenu le service de santé publique le plus vaste du monde. Le NHS a été créé dans l’idéal de permettre l’accès aux soins de qualité à toute personne, sans distinction économique. Aujourd’hui, ce principe reste valable, exception faite des charges pour quelques prescriptions dans les services dentaire ou optique. Actuellement, le NHS compte plus de 62 millions d’ayant-droits. Le NHS est le quatrième employeur du monde en termes de taille et compte plus de 1.7 millions d’employés. Le NHS est un organisme engagé dans le développement durable. L’Organisation Mondiale de la Santé prend appui sur son expérience et sa littérature pour émettre ses propres recommandations.
  • L’Association Health Care Without Harm (HCWH) : regroupement d’hôpitaux et services de santé, de professionnels de la santé, de syndicats, d’organisations environnementales, d’organisations de santé environnementales et de groupes religieux. Son bureau central est basé en Virginie, États-Unis. Elle compte plusieurs filières et représentants dans le monde. Elle a été créée en 1996 suite à l’identification par l’Agence de Protection de l’Environnement Américaine (U.S. Environmental Protection Agency) de l’incinération des résidus médicaux comme la source principale de dioxines, un des plus puissants carcinogènes. Sa mission est de contribuer à transformer l’industrie de la santé à travers le monde, sans compromettre la santé ou les soins du patient, tout en étant écologiquement durable et sans représenter une source de dégâts pour la santé publique et l’environnement. Plusieurs de ses publications ont été élaborées en collaboration avec l’Organisation Mondiale de la Santé.
  • La Norme ISO 26000 : lancée en novembre 2010, elle porte sur les lignes directrices relatives à la Responsabilité Sociétale des Organisations. Il s’agit d’une norme à application volontaire qui ne répond pas à un protocole de certification. Elle s’applique aussi bien aux entreprises privées qu’aux organismes publics. En somme, elle montre aux organisations la façon de contribuer au développement durable. Les principes de cette norme sont la responsabilité, la transparence, le comportement éthique et l’implication des parties prenantes (clients, relations personnelles et société civile). Les points centraux sont la gouvernance organisationnelle, les droits de l’homme, les conditions de travail, l’environnement, la loyauté des pratiques, les questions relatives aux consommateurs et la participation à la vie communautaire. Cette norme concerne aussi d’autres points, tels que les facteurs économiques, les aspects relatifs à la santé et la sécurité, la chaîne d’approvisionnement ou encore les questions d’égalité entre hommes et femmes.
  • L’Eco-Dentistry Association : association basée en Californie, États-Unis, elle propose des gestes concrets ainsi que des formations dans le but d’améliorer dans un sens « durable » la pratique de la chirurgie-dentaire.

Contexte actuel en France

Le développement durable a un vaste champ d’application, que ce soit dans les différents groupes socio-économiques, ou dans les différentes activités humaines. Selon le Ministère de l’Écologie, de l’Énergie, du Développement durable et de la Mer, il s’agit de « Concilier une économie dynamique, un niveau élevé d’éducation, de protection de la santé, de cohésion sociale et territoriale, ainsi que de protection de l’environnement, dans un monde plus sûr, respectant la diversité culturelle […] Le changement climatique, la consommation d’énergie, la production de déchets, les menaces pour la santé publique, la pauvreté et l’exclusion sociale, la gestion des ressources naturelles, la perte de biodiversité, l’utilisation des sols, etc. sont autant de défis dont l’ampleur et l’interdépendance nécessitent une approche transversale. Ils dépassent l’horizon des politiques et des actions sectorielles. Ils appellent à la mobilisation et à la coopération de tous. » (SNDD, 2011).

En 2005, la France a intégré dans le préambule de sa Constitution les droits et devoirs définis dans la Charte de l’environnement s’engageant ainsi dans la stratégie européenne de développement durable (SEDD). Depuis 2007, le « Grenelle de l’environnement » marque l’engagement affiché des institutions publiques : « La qualité des soins […] ne doit pas être atteinte aux dépens de l’environnement » (extrait du discours de Roselyne Bachelot-Narquin, alors Ministre de la santé et des sports, prononcé le 27 octobre 2009 lors de la signature de la convention portant sur l’engagement des établissements de santé dans le cadre du Grenelle de l’environnement). Aujourd’hui en France, les actions du développement durable sont coordonnées par le Ministère de l’Écologie, du Développement Durable et de l’Énergie. En ce qui concerne le domaine de la santé, le Ministère des Affaires Sociales et de la Santé, ainsi que la Haute Autorité de Santé sont également impliqués.

À l’hôpital, le développement durable s’inscrit dans une démarche de qualité et de sécurité de soins, mais actuellement, la profession de chirurgien-dentiste s’organise en marge du reste des disciplines médicales. En effet, 90% des praticiens ont un exercice en cabinet libéral ce qui fait que l’exercice en établissement de santé est plutôt rare. Tout ce qui concerne la démarche de qualité et de sécurité de soins est organisé par la profession elle-même. Aujourd’hui, elle est basée sur l’engagement volontaire car l’obligation de certification ne s’applique pas aux cabinets dentaires. L’Ordre National de Chirurgiens-Dentistes et l’Association Dentaire Française (ADF) sont les deux organismes dédiés pour organiser la mise en œuvre de la démarche de qualité et de sécurité de soins auprès de l’ensemble de la profession par différentes actions :

• Le Collège des bonnes pratiques en médecine bucco-dentaire a été créé le 3 février 2011. Sa mission est d’élaborer des recommandations et des référentiels destinés à analyser et à améliorer les pratiques en médecine bucco-dentaire pour accroître la qualité et la sécurité des soins, selon une méthodologie validée par la Haute Autorité de Santé.

• Le programme « Démarche qualité de la profession dentaire » permet aux chirurgiens-dentistes de bénéficier d’une constante remise à niveau de leurs connaissances. La démarche qualité leur permet également de contrôler que leur activité est conforme aux exigences scientifiques et d’évaluer le niveau et l’évolution de leurs pratiques par rapport à celles de leurs confrères.

• Une enquête « développement durable » a été lancée début janvier 2012 par l’ADF. Première étape d’un projet qui a pour ambition à long terme de définir le cadre d’une démarche de responsabilité sociétale et environnementale (RSE) pour les professions dentaires ; elle a débouché sur la parution d’une charte d’engagement des dentistes au développement durable et le suivi annuel des résultats de ces efforts et de la situation globale.

Le dispositif « Développement Professionnel Continu » (DPC)

Les réformes de l’État en matière de santé au moment de la rédaction de la thèse qui nous sert de base (2012) semblaient présager la mise en place, dans un futur proche, d’une démarche de qualité et de sécurité de soins obligatoire pour tous les professionnels de la santé. En effet, depuis 2011 le gouvernement prend en charge la formation continue des professionnels, véritable moteur de toute évolution (décret n° 2011-2115 du 30 décembre 2011 relatif au développement professionnel continu des chirurgiens-dentistes).

Comme supposé, initié par la loi Hôpital, Patients, Santé et Territoires (HPST) en 2009, effectif depuis le 1er janvier 2013 et adapté par la loi de Modernisation du système de Santé en 2016, le Développement Professionnel Continu (DPC) concerne désormais l’ensemble des professionnels de santé de France, quels que soient leur mode d’exercice et leur profession. Piloté par l’Agence nationale du DPC, ce dispositif de formation professionnelle a pour objectif le maintien et l’actualisation des connaissances et des compétences, l’amélioration des pratiques ainsi que la gestion des risques.

Chaque professionnel de santé doit satisfaire à son obligation de DPC sur une période de trois ans. Ce parcours de formation continue est l’engagement du professionnel de santé dans une démarche d’accréditation ou de DPC comportant des actions de formation, d’évaluation et d’amélioration des pratiques et de gestion des risques pouvant être suivies indépendamment les unes des autres. Il sera défini, pour chaque profession ou spécialité, par le Conseil National Professionnel (CNP) ou les instances représentatives compétentes. Les actions et programmes de formation sont dispensés par des organismes ou structures (associations, établissements de santé, universités, sociétés commerciales…) enregistrés par l’Agence nationale du DPC et répondent à des priorités et critères de santé publique (orientations nationales prioritaires, méthodes et modalités validées par la Haute Autorité de Santé…).

L’Agence nationale de DPC met à disposition de l’ensemble des professionnels de santé de France (hospitaliers, autres salariés et libéraux) un moteur de recherche leur permettant de trouver leurs formations parmi l’offre de DPC disponible (source : Agence Nationale DPC).

Mise en œuvre du développement durable

Stratégie à suivre

Aujourd’hui, plusieurs organismes proposent une série d’étapes afin d’appliquer les principes du développement durable. Comme on l’avait déjà mentionné, en France, dans le domaine de la santé, la seule référence qui insère le développement durable au sein de son plan d’action en 2012 est le manuel de certification des établissements de santé (HAS, 2011, mis à jour en 2014). Ce référentiel incite les établissements de santé à promouvoir le développement durable dans leur stratégie, en fondant leur démarche sur la réalisation d’un diagnostic initial. Ce document propose ainsi une série d’étapes pour sa mise en œuvre :

  • Un diagnostic développement durable est établi par l’établissement. Un volet développement durable est intégré dans les orientations stratégiques.
  • La stratégie liée au développement durable est déclinée dans un programme pluriannuel. Le personnel est sensibilisé au développement durable et informé des objectifs de l’établissement. L’établissement communique ses objectifs de développement durable aux acteurs sociaux, culturels et économiques locaux. Le développement durable est pris en compte en cas d’opérations de construction ou de réhabilitation.
  • Le programme pluriannuel fait l’objet d’un suivi et de réajustements réguliers.

Selon le National Health Service britannique (NHS), une stratégie de réduction de l’empreinte carbone (NHS-SDU, 2011) peut être mise en œuvre à partir de gestes simples, à savoir :

• Réduire la quantité de ressources utilisés.
• Réutiliser les ressources si possible.
• Recycler les ressources qui ne peuvent pas être réutilisées.

L’Organisation Mondiale de la Santé (WHO,2009) a publié un document portant sur la protection de la santé des effets du changement climatique. Ce document propose des mesures à prendre par les professionnels de la santé. Il incite, entre autres, à encourager les établissements de santé à montrer l’exemple. Les établissements de santé, centres à forte visibilité et gros consommateurs d’énergie, peuvent servir de modèles en réduisant leurs propres émissions de carbone, en améliorant la santé et en faisant des économies. Par ailleurs, ce document nous invite à utiliser un guide proposé par le NHS « Good Corporate Citizenship » (« Bonne Citoyenneté d’Entreprise ») qui s’adresse aux organisations intéressées par le développement durable. Ces deux outils ont identifié sept domaines d’action potentiels : la gestion de l’énergie, les transports, les achats (y compris les denrées alimentaires et l’eau), l’évacuation des déchets, les bâtiments et le paysage, l’emploi et les compétences, et l’engagement communautaire.

Dans un autre document, le NHS s’intéresse aussi à l’utilisation rationnelle des produits pharmaceutiques, des équipements et des appareils médicaux, car cette activité représente à elle seule près d’un tiers de son empreinte carbone. De bonnes pratiques dans les domaines mentionnés précédemment ont montré qu’elles permettaient d’améliorer à la fois la santé et le moral du personnel, d’améliorer la santé des populations locales, de favoriser une guérison plus rapide des patients et d’économiser de l’argent.

Selon le NHS, trois secteurs principaux contribuent à l’empreinte carbone d’une structure médicale :

• Les achats de biens et de services (sans compter l’énergie et le transport).
• L’énergie du bâtiment : chauffage, eau chaude, consommation d’électricité et réfrigération.
• Le transport de personnes : patients, personnel, visiteurs.

Des organismes comme l’Organisation Mondiale de la Santé, le National Health Service ou l’Agence Nationale d’Appui à la Performance proposent des mesures concrètes pour la mise en œuvre du développement durable. Voici quelques points où les substitutions ou innovations peuvent rendre un bien ou un service plus durable :

  • La performance énergétique, en s’attaquant aux volets suivants :

▪ Gestion énergétique: la réduction du coût et de la consommation d’énergie à travers la gestion et la régulation des équipements.
▪ Conception ou transformation du bâtiment afin d’optimiser la consommation de ressources et d’énergie.
▪ Utilisation des énergies renouvelables.

  • Les achats, produits de façon durable.
  • Les services, en s’appuyant surtout sur la communauté locale.
  • L’eau :

▪ Utilisation plus raisonnée.
▪ En évitant l’eau en bouteille si possible.

  • Déchets :

▪ Diminution,
▪ Réutilisation,
▪ Recyclage ou compostage.
▪ En utilisant au maximum des alternatives à l’incinération.

  • Transports :

▪ En encourageant la marche, le vélo ou les transports en commun pour se rendre à l’établissement.
▪ En utilisant de carburants alternatifs pour les véhicules de l’établissement.
▪ En diminuant, de façon planifiée, le nombre de déplacements du personnel et des patients.

  • Utilisation rationnelle de pharmaceutiques, en minimisant le gaspillage.
  • Réduction du bruit.

Différents aspects d’un cabinet dentaire

Le développement durable est cohérent avec le souci de l’impact environnemental dont nous traitions plus en détail dans notre précédent article. Pour mémoire, il convient ainsi dans cette double perspective de tenir compte de tous les aspects d’une exploitation de ce type :

  • Énergie :

La gestion de l’énergie repose à la fois sur des moyens matériels et humains. Dans un premier temps, il s’agit d’un changement de comportement visant une régulation de la consommation, qui ne nécessite aucun investissement matériel mais une implication humaine raisonnée. Cet aspect de la gestion dépend fortement de l’implication du personnel, donc les résultats sont variables en fonction de la motivation au cabinet. Elle présente, par contre, l’avantage d’obtenir des économies financières et énergétiques très significatives, ainsi qu’une réduction de l’impact sur l’environnement.

Qu’il s’agisse d’un bâtiment existant ou d’un bâtiment neuf, on peut toujours appliquer de principes d’économies d’énergie. Des gestes simples comme choisir un site proche des transports en commun, choisir des matériaux de construction de provenance locale ou régionale, favoriser l’éclairage par la lumière du jour, favoriser la ventilation naturelle, utiliser la ventilation mécanique à double flux par temps froid ou chaud, privilégier l’utilisation de stores extérieurs, de brise-soleil, du double ou triple vitrage, l’installation de détecteurs de luminosité ou de détecteurs de présence là où c’est indiqué… Les mesures d’amélioration à prendre peuvent être déterminées de façon plus précise à partir d’un audit énergétique, dont les résultats peuvent permettre le cas échéant de proposer l’utilisation de sources d’énergie renouvelables telles que l’énergie solaire, l’énergie éolienne, l’énergie hydraulique, la géothermie ou la biomasse. Ce type d’énergie peut être utilisé pour l’éclairage, la génération de chaleur, le pompage ou le chauffage de l’eau.

  • Les achats de biens et de services

Il est important de vérifier la provenance des matières premières, le processus de fabrication et le lieu de fabrication des produits achetés, qu’il s’agisse d’instruments, de consommables, de produits à usage unique, de matériaux, ou de prothèses. Il convient de privilégier l’achat de biens et de services locaux, pour des raisons de transport et d’activité économique locale. Il convient également d’acheter par lot lorsqu’il est possible car cette forme d’achat permet une réduction d’emballages et de l’énergie de transport.

  • L’eau

La consommation rationnelle d’eau est un autre critère à considérer. On peut économiser l’eau en installant des toilettes économes en eau, des robinets à « mains libres » (qui présentent l’avantage d’être plus hygiéniques). Il conviendrait de faire vérifier les installations régulièrement pour éviter les fuites. Pompe à anneau liquide, pompe à palettes sèches (sans lubrifiant) ou pompe centrifuge, le système d’aspiration utilisé en salle de soin doit également faire l’objet d’un choix tenant compte de ces impératifs.

  • La gestion des déchets

Dans un cabinet dentaire, quatre opérations s’avèrent les principales sources de déchets : le contrôle du risque infectieux, la pose et dépose d’amalgames dentaires, la radiologie et le système d’aspiration du fauteuil dentaire que nous avons déjà évoqué.

Le contrôle du risque infectieux s’obtient au moyen de matériel de stérilisation, de matériel à usage unique, de produits désinfectants, entre autres. Privilégier les matériaux et objets réutilisables plutôt que les consommables, ou à défaut des matières recyclables, sont des réflexes à acquérir dans ce type d’achats.

La pose et dépose d’amalgames dentaires sont déjà extrêmement règlementées en France. Enfin, concernant la radiologie, on privilégiera la méthode numérique plutôt que l’argentique, productrice de plus de déchets physiques et consommatrice de plus de matériaux non recyclables et de divers produits chimiques.

  • Le transport

Cet aspect est à considérer pour le transport de patients, du personnel, le transport de prothèses, et des consommables.

Pour le transport de personnes, le cabinet doit être accessible à pied, en vélo, et en transports en commun. L’accès aux personnes handicapées doit être possible. Il convient de réguler la durée d’une séance avec le patient en fonction des soins à faire, d’essayer de faire le maximum d’actes dans la même séance, ainsi, l’énergie de déplacement du patient et les ressources dépensées au sein du cabinet pour dispenser les soins sont mieux amorties, outre les nombreux avantages que cette méthode représente des points de vue logistique, médical, économique et humain.

En ce qui concerne le transport lié à la confection des prothèses, c’est-à-dire, les déplacements cabinet-laboratoire-laboratoire-cabinet, ils sont à optimiser, en choisissant un laboratoire de prothèses situé à proximité (pas à l’autre bout du monde). Concernant l’acheminement des consommables, on avait déjà mentionné qu’il convient de les acheter par lot de façon à amortir les dépenses d’énergie liées au transport.

  • Les médicaments

Concernant ce point, la perspective de développement durable va tendre à lutter contre deux inconvénients : la résistance aux antibiotiques, et la présence de médicaments dans l’eau et l’environnement. Là encore une réflexion globale s’impose dans le choix des prescriptions, qu’il s’agisse du recours aux antibiotiques qui doit être raisonné comme de la sélection des antalgiques prescrits en fonction de leur taux d’assimilation par l’organisme afin de laisser le moins de traces possibles dans les eaux usées.

  • Les matériaux dentaires

En termes de développement durable, les matériaux dentaires représentent un univers presque inexploré, dans lequel il reste beaucoup à faire, d’autant qu’ils sont nombreux : matériaux de restauration (amalgames, composites), d’obturation radiculaire, de collage, d’adhésion, d’empreinte (alginates, silicone, etc.), ciments, vernis, les matériaux d’enregistrement d’occlusion, matériaux prothétiques (résines, métaux, céramiques…) La plupart d’entre eux ne sont pas considérés comme médicaments donc les contraintes (tests précliniques, essais cliniques et de développement industriel) pour obtenir une Autorisation de Mise sur le Marché (AMM) ne sont pas appliquées. Par conséquent, dans certains cas nous ne connaissons pas les effets sur l’être humain à long terme, encore moins les effets sur l’environnement, hors la polémique durable sur le mercure présent dans les amalgames dentaires et l’effet de ce mercure sur la santé comme sur l’environnement.

  • Le bruit

Enfin le confort acoustique est un élément essentiel de la qualité de vie. Dans un cabinet dentaire, les sources de bruit sont multiples et les nuisances sonores peuvent entraîner une gêne. Dans le contexte de soins dentaires, le bruit a un caractère anxiogène. La réduction du bruit dans le cabinet a été et en est encore un problème qui préoccupe les praticiens et les fabricants d’équipements. Selon le Dr. H. Carlier, médecin du travail, le bruit n’atteint des niveaux sonores nocifs pour l’oreille que par intermittence. Le risque auditif est donc globalement faible, mais les effets extra-auditifs du bruit intérieur comme extérieur (fatigue, stress, …) ne sont pas négligeables, et doivent être pris en compte dans une perspective de développement quant au choix du matériel et à la structure du cabinet (choix des turbines, évitement du métal facteur de résonnance, emplacement, isolation…)

En conclusion, il est intéressant de dresser un état des lieux des différents aspects techniques d’un cabinet dentaire, ainsi que de la pratique en dentisterie sous l’angle du développement durable.

Le développement durable offre au cabinet dentaire une démarche qui lui permettra d’agir avec responsabilité du point de vue social, économique et environnemental. En France, beaucoup de principes sont déjà acquis, en général, donc la réflexion sur le développement durable est plutôt axée sur le plan environnemental et ses répercussions sur la société et son économie. Le constat se fait de ce que le développement durable est un sujet auquel on commence à s’intéresser de façon plus formelle, mais qu’il y a toujours eu un souci de responsabilité de la part de ceux qui se consacrent aux soins dentaires, le milieu soignant ayant tendance à s’exonérer de sa responsabilité environnementale justement par sa vocation soignante « supérieure ». Comme les techniques évoluent, les questionnements sur les conséquences de nos pratiques, sur l’environnement comme sur la société, doivent pourtant être permanentes.

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