Optimisation des locaux

Dossier en 3 parties :

Préoccupations actuelles des dentistes en devenir


Il est désormais acquis que les enjeux modernes de l’entrée professionnelle dans le secteur dentaire privé dépassent très largement l’aptitude médicale, prérequis fondamental, pour s’étendre à des considérations pratiques qui ont pu faire défaut au cours de la formation académique. Gestion d’entreprise, marketing, communication, logistique sont autant d’éléments qui ne peuvent plus être ignorés ou improvisés comme accessoires à la réussite d’un cabinet. Cette prise de conscience transparaît ainsi notamment dans les préoccupations des chirurgiens-dentistes en devenir, dont les thèses de fin de cursus depuis une quinzaine d’année s’éloignent de plus en plus souvent des thèmes purement médicaux pour se déplacer vers ces questions pratiques et concrètes quant à ce qui les attend à la sortie de leur formation. C’est un survol de ce phénomène et de certaines de ces thèses, illustrant les enjeux et préoccupations actuels des futurs praticiens, que ce dossier propose de présenter, en les regroupant en trois grands thèmes : l’ergonomie et l’optimisation du cabinet, sa gestion et son management, et enfin les principes modernes de communication et de rapport au patient.

I. ERGONOMIE ET ORGANISATION DU CABINET DENTAIRE

1. Optimisation des locaux
2. Optimisation des dispositifs instrumentaux
3. La réduction du nombre de séances de traitement par le rallongement des durées
4. Les gestions des rendez-vous non programmés

II. MANAGEMENT ET GESTION DU CABINET DENTAIRE

1. Finances, fiscalité et ressources humaines
2. Le management de groupe et la démarche qualité
3. Environnement et développement durable

III. LA RELATION PATIENT 

1. L’abord du patient : psychologie et communication
2. L’optimisation des premiers rendez-vous

Première partie : Ergonomie et optimisation du cabinet dentaire

  1. L’optimisation des locaux du cabinet dentaire

Le cabinet dentaire est le local professionnel où les praticiens exercent ou vont exercer la majeure partie de leur fonction. Il est donc important, lors de la réalisation ou de la rénovation d’une structure dentaire, quel qu’en soit le type (cabinet omnipratique seul ou pour plusieurs cabinets alliant omnipratique et chirurgie), de réfléchir soigneusement aux différentes fonctions qui vont s’y dérouler et aux interactions entre ces différentes fonctions. En effet, c’est autour de ces fonctions que devra s’élaborer le projet architectural et non l’inverse. De plus, la réalisation proprement dite des actes dentaires s’effectue dans la salle de soins. Cette pièce, qui pourra contenir de nombreux équipements dentaires fixes et/ou mobiles, sera donc l’espace prioritaire à prendre en considération dans cette conception. Car là est le point essentiel et central à toute réflexion sur l’hygiène. Mais la philosophie de traitement et les préférences personnelles du praticien doivent être l’arrière-plan de la planification architecturale car celles-ci varient de façon parfois très importante d’un praticien à un autre et un choix qui serait idéal pour l’un pourrait s’avérer complètement frustrant et non fonctionnel pour d’autres. Ce qui est sûr c’est qu’afin de pouvoir dispenser des soins de qualités aux patients sur de nombreuses années, le praticien et son équipe doivent être à l’aise et décontractés dans leur environnement de travail. Il est important qu’il y ait peu de compromis dans la conception du cabinet pour privilégier l’hygiène et l’asepsie, les normes et les diverses obligations législatives doivent être la trame de fond de toute réflexion. Et il ne faut pas oublier que pour les patients le ressenti de la première consultation est aussi important, voire plus, que le travail exécuté lui-même. Si le cabinet renvoie une image professionnelle, hygiénique et chaleureuse, voire confortable, il est très probable que les patients motivés le recommanderont aux personnes de leur entourage. Ainsi, la réalisation des plans du cabinet dentaire est une affaire de professionnels. De même qu’il est difficile pour un patient d’établir un diagnostic sans l’aide d’un expert dentaire, il est difficile pour un chirurgien-dentiste de se passer de l’aide de professionnels spécialisés dans l’aménagement du cabinet dentaire et dans la planification architecturale, et donc de façon exhaustive, d’architecte, d’ingénieur, de décorateur d’intérieur, de fournisseur dentaire et de chef de chantier. Avant d’énoncer une réflexion sur la création architecturale du cabinet, il est nécessaire de rappeler les textes législatifs et autres recommandations à prendre en compte avant de poser la première pierre de l’édifice.

Règlementation et obligations

Obligations légales et administratives

Code de déontologie dentaire de mars 2009, article R. 4127-204 : « le chirurgien-dentiste ne doit en aucun cas exercer sa profession dans des conditions susceptibles de compromettre la qualité de soins et des actes dispensés ainsi que la sécurité des patients. Il doit notamment prendre, et faire prendre par ses adjoints ou assistants, toutes dispositions propres à éviter la transmission de quelque pathologie que ce soit. Sauf circonstances exceptionnelles, il ne doit pas effectuer des actes, donner des soins ou formuler des prescriptions dans les domaines qui dépassent sa compétence professionnelle ou les possibilités matérielles dont il dispose. »

L’article R. 4127-269 premier alinéa dispose : « […] que tout chirurgien-dentiste doit, pour exercer à titre individuel ou en association de quelque type que ce soit, bénéficier, directement ou par l’intermédiaire d’une société d’exercice ou de moyens :

a) du droit de jouissance, en vertu de titres réguliers, d’un local professionnel, d’un mobilier meublant, d’un matériel technique suffisant pour recevoir et soigner les malades, et, en cas d’exécution de prothèses, d’un local distinct et d’un matériel appropriés ;

b) des propriétés des documents concernant tous renseignements personnels aux malades. Dans tous les cas doivent être assurés la qualité des soins, leur confidentialité et la sécurité des patients.

L’installation des moyens techniques et l’élimination des déchets provenant de l’exercice de la profession doivent répondre aux règles en vigueur concernant l’hygiène. Il appartient au conseil départemental de contrôler si les conditions exigées pour l’exercice de l’activité professionnelle, par les dispositions des alinéas précédents, sont remplies. »

Code de la santé publique, article L. 3114-6 : « Les professionnels de santé […] exerçant en dehors des établissements de santé, veillent à prévenir toutes infections liées à leurs activités de prévention, de diagnostic et de soins. Des arrêtés fixent, en tant que besoin, les règles qu’ils doivent respecter. »

Avant d’entamer la construction ou la rénovation proprement dites, une étude de faisabilité est ainsi nécessaire afin de savoir si le projet est réalisable dans les lieux donnés et afin de définir les besoins du bâtiment, avec un maître d’œuvre ou architecte, le dentiste faisant office de maître d’ouvrage (à parts égales avec le propriétaire si location). Assurance, permis de construire, PLU, diagnostics techniques sont autant d’étapes préalables obligatoires au projet. En outre, un cabinet dentaire est un établissement recevant du public (ERP) de type U (établissement de soins sans hébergement) et de 5ème catégorie (pouvant recevoir moins de 100 personnes). En tant qu’ERP, le cabinet dentaire doit ainsi se conformer aux obligations de sécurité et être accessible aux personnes handicapées.

Obligations de sécurité

Le projet doit ainsi prendre en compte les obligations de sécurité afférentes au statut d’ERP (articles R. 123-2 et suivants du Code de la Construction et de l’Habitation) : la sécurité incendie notamment (matériaux, agencements et possibilités d’évacuation, affichage des coordonnées des services d’urgence, alarmes, extincteurs…) doit faire l’objet de toutes les attentions et la tenue d’un registre de sécurité à jour et à disposition de l’administration et des assurances en cas d’évènement est obligatoire.

Obligations d’accessibilité

La circulaire interministérielle n° DGUHC 2007-53 du 30 novembre 2007, annexe 8, relative à « l’accessibilité des établissements recevant du public, des installations ouvertes au public et des bâtiments d’habitation » reprend de manière illustrée et didactique toutes les obligations en termes d’accessibilité pour les ERP (loi n° 2005-102 du 11 février 2005 pour l’égalité des droits et des chances).

En résumé, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées fixe le principe d’une accessibilité généralisée intégrant tous les handicaps. Tous les établissements recevant du public sont concernés par cette réglementation et doivent être accessibles aux personnes atteintes d’un handicap (moteur, auditif, visuel ou mental) et aux personnes à mobilité réduite (personnes âgées, personnes avec poussette, etc.). L’obligation d’accessibilité porte sur les parties extérieures et intérieures des établissements et installations, et concerne les circulations, une partie des places de stationnement automobile, les ascenseurs, les locaux et leurs équipements (article R. 111- 19-1 du CCH). Trois motifs seulement peuvent donner lieu à une dérogation, qui devra être sollicitée et obtenue préalablement à toute réception de public :

  • la préservation du patrimoine architectural (cabinet dentaire installé dans un immeuble classé où les travaux altéreraient la façade ou les parties communes)
  • l’impossibilité technique liée au bâtiment (perron de plusieurs marches sans possibilité de construire un plan incliné pour les personnes handicapées, une cage d’escalier dans laquelle un ascenseur ne peut être installé, des portes ou couloirs étroits où l’élargissement est impossible sans toucher aux murs porteurs, etc.)
  • la disproportion manifeste entre la mise en accessibilité et ses conséquences (deux cas : soit la mise aux normes (élargissement portes et couloirs) réduit de manière significative l’espace dévolu aux soins, à la stérilisation ou à l’accueil, soit l’impact économique du coût des travaux risque d’entraîner la cessation anticipée de l’activité ou son déménagement).

Intervenants

La prise en compte des obligations légales et administratives n’est toutefois que la première étape de la construction du projet. Ce dernier doit en effet répondre à d’autres considérations, qui si elles ne sont pas obligatoires au sens légal sont tout aussi importantes quant à la réussite de l’activité, et dépendent des divers acteurs du fonctionnement du cabinet, autour de la place de chaque intervenant (patient, praticien, équipe) dans le fonctionnement du cabinet et en conséquence, de l’espace adéquat.

Le patient

La personne soignée seule ou accompagnée, est « la » source de contamination primaire principale sur plusieurs points :

  • ses mains : principales sources de contamination des surfaces au cabinet dentaire, car elles sont en contact avec beaucoup d’objet du secrétariat, de la salle d’attente et des WC ;
  • le patient vient de l’extérieur et transporte sur lui, sur ses vêtements, mais surtout sous ses chaussures, une foule de contaminants (terre, déjections canines ou autres, eau, sable) qui vont, d’une part, être disséminés tout au long du parcours du patient et, d’autre part, repris dans le parcours du personnel qui le croisera. On pourra ainsi retrouver des traces de « l’extérieur » dans des endroits où le patient n’a pourtant aucun accès ;
  • sa flore buccale et éventuellement certains de ses liquides biologiques (sang, salive, pus…) qui se retrouvent brumisés dans l’atmosphère du cabinet, contaminant ainsi toutes les surfaces à proximité.

De plus, le patient est aussi un juge. Dès son entrée tous ses sens sont en éveil. Le cabinet sera un outil de communication, l’image du cabinet ayant un impact important au niveau du psychologique du patient. Dès l’entrée le patient jaugera, même inconsciemment, le cabinet sur le plan de l’hygiène, de l’ambiance, de l’espace, des bruits (bruits des instruments et d’autres patients en cours de soins) et des effluves (odeur des autres patients et des produits utilisés). Ceci influera sur son état de stress et d’anxiété mais aussi sur l’image du cabinet. Si le cabinet renvoie une image professionnelle, hygiénique et chaleureuse, voire confortable, il est très probable que les patients satisfaits le recommanderont aux personnes de leur entourage. Donc toute la partie entrée, accueil, salle d’attente sera réfléchie en fonction du patient pour diminuer la dissémination des germes et diminuer son stress (caillebotis à l’entrée, coloris des murs, ambiance générale, salle d’attente, toilettes, température, espace disponible, sur-chaussures). Il faut également prévoir un accès adapté aux patients à mobilité réduite ou malvoyantes.

L’assistant(e) dentaire

Le plus souvent l’assistant dentaire fait également office de secrétaire bien que les rôles soient par nature très différents. La personne en charge de ce poste se situera entre les deux protagonistes, servant d’intermédiaire entre le soigné et le soignant. Sa tâche est très importante. Dès l’accueil du patient, elle doit être chaleureuse, accueillante et avoir un bon contact avec le patient ; elle optimise également la gestion des stocks. Au fauteuil, elle sera, d’une part, une aide indispensable, et donc devra être bien formée au travail à quatre mains, et d’autre part, un « refuge » pour le patient anxieux. Dans le nettoyage du fauteuil et du matériel, elle doit être rapide, efficace et rigoureuse ; elle doit maîtriser tous les protocoles de stérilisation, de gestion du matériel sale et/ou propre, du stockage, de la traçabilité, et du rangement. On réalise ici que l’assistant joue un rôle extrêmement important qui lui prend beaucoup de temps. C’est lui qui parcourt le plus de distance en une journée. Son efficacité dépendra donc à la fois de la rapidité de ses trajets et des gestes qu’il aura à effectuer, et donc de l’optimisation des locaux. Tout doit être pensé pour diminuer la perte de temps et augmenter la facilité des gestes et des déplacements.

Le ou la secrétaire

C’est la « plaque tournante » du cabinet, le premier interlocuteur à l’arrivée au cabinet. C’est un rôle primordial dans la gestion administrative du cabinet, des dossiers, la gestion de l’agenda, de l’encaissement et du standard téléphonique. Il ou elle devra être autonome, courtois mais surtout organisé et méthodique afin de hiérarchiser les priorités et gérer les urgences

Le praticien

Il est nécessaire d’aménager le cabinet en un lieu confortable pour le praticien. Le fauteuil est le point crucial du cabinet, c’est à ce niveau que l’organisation devra être la plus ergonomique possible pour son activité. Le chirurgien-dentiste est plus dépendant du matériel que de l’architecture proprement dite du cabinet, car finalement le cabinet dans son ensemble est un instrument de travail : contrairement à l’assistante, le chirurgien-dentiste n’en utilise qu’une partie restreinte. Le praticien est en contact avec le patient seulement dans la salle de soins et éventuellement au bureau. Il doit rester au maximum dans la zone « propre ».

Organisation pratique des locaux

Pièces et zones

L’organisation du cabinet dentaire se fait autour des différentes pièces qui le composent. Certaines pièces sont incontournables, du fait de la nature même de l’activité qui est exercée dans les lieux selon les réglementations en vigueur. Alors que d’autres, dépendent de la superficie des locaux et des commodités supplémentaires voulues par le chirurgien-dentiste mais nullement obligatoires. Les pièces nécessaires à toute installation d’un cabinet sont :

-un accueil, secrétariat ;

  • une salle d’attente ;
  • une salle de soins ;
  • une salle de stérilisation ;
  • une zone de stockage des matériels propres ;
  • un local technique (compresseur aspiration et serveur interne) ;
  • une zone de stockage des déchets d’activités de soins à risques infectieux (DASRI) ;
  • des toilettes pour le public.

Pour le personnel il faut prévoir :

  • des toilettes ;
  • une salle de repos et de restauration.

Si la surface et les moyens le permettent :

  • un bureau privé pour le praticien ;
  • une salle distincte pour compresseur et aspiration ;
  • une salle de radiologie ;
  • une salle de chirurgie (aujourd’hui indispensable pour l’implantologie et la chirurgie buccale et parodontale)
  • un laboratoire ;
  • une salle de prévention.

Les différentes zones fonctionnelles (publique, privée, clinique, accueil, administration) et les rapports entres elles, doivent être définis et clarifiés, même schématiquement. Dans un cabinet dentaire bien conçu, chacun doit pouvoir atteindre les équipements et le matériel le plus aisément possible. Une flexibilité/adaptabilité relative au niveau des salles de soins est très utile en raison de l’évolution rapide des techniques et de l’apparition de nouveaux matériels. Le cabinet devra pouvoir évoluer avec les nouvelles technologies. Ceci vaut également pour le patient afin qu’il ressente l’idée que l’on s’occupe de lui et que nous sommes soucieux de son environnement. Ainsi l’espace dentaire pourra être divisé en 3 classes de zones :

  • les zones contaminées (stockage des déchets, local d’entretien, entrée des éléments à stériliser)
  • les zones protégées (salles de soins, de chirurgie, de stérilisation)
  • la zone administrative (secrétariat, bureaux, salle d’attente, vestiaires)

Un agencement rationnel de l’espace d’activité aura ainsi une influence considérable sur la pratique et sur la production quotidienne. Il est aussi important de considérer les rapports de chaque zone avec les autres. Les zones sont-elles trop cloisonnées entre elles ? Y a-t-il des transitions correctes de l’une à l’autre ? Deux points très importants à considérer aujourd’hui sont l’emplacement et la conception de la salle de stérilisation qui devient, en effet, le centre névralgique du cabinet. Les zones protégées sont les endroits du cabinet dans lesquels a lieu la plus grande activité et surtout où la désinfection doit être très scrupuleuse. Les zones potentiellement contaminées sont les endroits qui, du fait de leur fonction, contiennent des objets à risque. Enfin, le secrétariat, très souvent négligé, occupe la partie centrale de la zone administrative et d’accueil. C’est la « tour de contrôle » de la partie administrative. Il ne peut exister de schéma stéréotypé pour cette zone. Un soin particulier doit y être apporté au plan de l’aménagement et de la décoration, en fonction des goûts de chacun. Quelques règles sont toutefois à respecter :

  • son emplacement central doit permettre le contrôle des déplacements du patient et sa surveillance (cas de vols) ;
  • il doit autoriser la communication du patient avec la secrétaire. Par ailleurs, si l’assistante est également réceptionniste, comme c’est souvent le cas, le contrôle peut être réalisé à l’aide d’un discret système vidéo, avec écran dans la salle de soins ;
  • le secrétariat joue un rôle central dans le système de communication de tout le cabinet. C’est là que se collectent, s’élaborent et se transmettent toutes les informations cliniques, paracliniques et administratives. À noter que si le système de communications interne et externe (interphones, systèmes visuels et acoustiques, etc.) est bien conçu, les déplacements et les interruptions du travail dans le cabinet pourront être réduits de façon très significative ;
  • enfin le secrétariat doit être un modèle d’efficacité et de fonctionnalité afin de réduire les pertes de temps. Sur le plan architectural, il doit être situé le plus centralement possible dans la zone administrative et d’accueil, voire dans tout le cabinet. C’est en effet vers lui que convergent tous les trajets obligatoires.

La salle d’attente doit être prévue à proximité immédiate de l’entrée, bien en vue du secrétariat. Les conceptions diffèrent à savoir si la salle d’attente doit être séparée ou non du secrétariat, les exigences étant contradictoires :

  • la communication entre le patient et la réceptionniste doit être possible pour que le premier se sente rassuré ;
  • a contrario, il est souhaitable que le patient ne puisse pas entendre les conversations entre la réceptionniste et les autres patients ou leurs représentants ;
  • une surveillance doit néanmoins être possible (dissuasion des vols).

Une solution efficace est de vitrer une partie de la salle d’attente en regard du secrétariat.

Cette séparation physique de l’espace dentaire devra finalement concilier le respect des normes d’hygiène (réduction du risque de contamination croisée), et les principes ergonomiques (réduction des trajets, accessibilité, convivialité).

Interactions et cheminements

La problématique dans la conception du cabinet dentaire réside dans le fait qu’au moins trois intervenants sont représentés : le praticien, l’assistante et/ou secrétaire et le patient, aux rôles et aux pouvoirs pathogènes bien différents. L’ensemble se déplace dans un complexe de trois zones : protégées, contaminées et administratives, auxquelles peuvent s’ajouter les notions de zones « propres » et zones « sales ». Afin de réduire la dispersion des agents pathogènes au sein du cabinet, à chaque intervenant correspondra une « zone » d’action délimitée et un circuit bien défini afin d’éviter toute contamination croisée. Les trois intervenants principaux sont le praticien, l’assistante-secrétaire et le patient. Les circuits et les zones ne se chevauchent qu’en un seul endroit où se retrouvent tous les acteurs : la salle de soins. Le croisement de ces différentes zones devra être le plus petit possible.

Une contamination croisée se fera, entre autres, lors du passage du patient par les agents pathogènes en suspension dans l’air libérés par ses vêtements ainsi que ceux déposés sur le sol via ses chaussures et ensuite par le croisement du passage de l’assistante qui à son tour emportera les agents pathogènes dans la zone de stérilisation par exemple. Deuxième élément à considérer, les instruments souillés sont débarrassés par l’assistante et emportés en stérilisation. L’assistante garde ses gants pour éviter de se contaminer elle-même, mais au passage des portes et au cheminement dans le couloir avec le plateau rempli d’instruments il existe un risque de contamination par manuportage ou aérodispersion. Troisième élément, le passage des portes : les poignées de porte sont des pourvoyeuses importantes de microbes, après les mains, bien sûr. Aussi, peut-on avec les techniques actuelles diminuer, limiter ou même supprimer ce point noir de l’hygiène ? Car tous les intervenants sont en contact avec celles-ci. Au sein d’une structure avec un seul praticien, il n’y a pas de solution, le praticien est obligatoirement en mouvement dans toutes les zones du cabinet et de ce fait présente un pouvoir élevé de dispersion. Mais avec la présence d’une ou deux assistantes et d’une secrétaire, le phénomène de dissémination sera fortement réduit car chaque acteur pourra se limiter à sa zone dédiée, l’enjeu étant d’optimiser les déplacements et les lieux pour réduire au maximum les risques de contamination. Lors de la conception du plan architectural d’un cabinet dentaire, il est ainsi nécessaire d’analyser les différents circuits des occupants afin de diminuer les risques de contamination et de réduire les temps de parcours pour d’augmenter la rapidité d’exécution des actes. L’idéal est de trouver un compromis architectural pour que chacun puisse évoluer au sein du cabinet sans gêner les autres. D’une manière générale plus le nombre de personnes travaillant est grand et plus les circuits et trajets seront restreints car chaque personne aura une tâche bien définie dans un environnement limité (gain de rapidité et d’hygiène).

Aménagement optimisé des locaux

Secrétariat / accueil

C’est un lieu d’accueil, d’information, de relations entre le praticien, le personnel et les patients, les fournisseurs et les représentants. C’est une zone à faible risque sanitaire. Étant la première pièce découverte par le patient, elle doit être conviviale, accueillante et apaisante. Le volume doit être suffisant pour ne pas se sentir oppressé mais ne doit pas être trop grand pour ne pas avoir une sensation de vide. Les couleurs des revêtements sont neutres.

La salle d’attente

C’est le lieu d’attente avant les soins. Elle doit être reposante, anti-stress.

La salle de soins

C’est la pièce principale du cabinet où tous les protagonistes se rencontrent, c’est une zone active à haut risque de contamination. Le praticien, l’assistante et le patient doivent pouvoir s’y mouvoir librement. L’hygiène et l’asepsie y seront primordiales.

La salle de stérilisation

C’est un élément majeur du cabinet. C’est une zone active et technique, à risque infectieux élevé. Elle doit être proche de la salle de soins (si possible directement accessible) mais protégée et totalement indépendante de toutes les autres pièces. Elle peut être visible par les patients qui ne doivent toutefois pas pouvoir y accéder librement. Cette zone est mixte : l’entrée des dispositifs médicaux (DM) souillés se fera du côté « zone contaminée, sale » et ils chemineront en suivant les étapes de nettoyage et de désinfection jusqu’à arriver dans la « zone protégée, propre puis stérile » afin de finaliser le processus de stérilisation. Ce principe de « marche en avant » nécessite donc de disposer d’une grande surface pour cette opération, de préférence toute en longueur, afin de pouvoir bien différencier chaque étape tout en disposant de plans de travail et de bacs ou éviers suffisamment grands pour étaler et laver correctement le matériel. Cette salle doit être modulable et permettre le renouvellement du matériel de stérilisation (bac à désinfecter, bac à ultrason, séchoir, autoclave, soudeuse, système de nettoyage des rotatifs, etc.) sans contrainte de manque de place.

La zone de stockage

C’est une pièce sans humidité et ayant un volume suffisant à l’activité du cabinet. Elle est dissimulée à la vue du patient.

Le local destiné à l’entreposage des déchets

C’est une pièce bien différenciée, isolée, sans contact avec les zones dites « propres » (salle de soins, stérilisation, secrétariat). C’est également un lieu classé « à risques particuliers » potentiellement contaminé. Dès la conception du cabinet il faut bien réfléchir à la configuration de cette salle, à sa taille et à son emplacement. La réglementation spécifique sera affichée sur la porte du local et il ne faudra pas oublier de prévoir une sortie des déchets différente de l’entrée pour diminuer le risque de contamination croisée. Les obligations concernant la zone de stockage des DASRI dépendent de la quantité de déchets produite (mensuellement supérieure ou inférieure à 5 kg) et de leurs types : perforants ou non perforants. Si cette production est supérieure à 5 kg, les locaux d’entreposage ainsi que les déchets entreposés devront répondre aux caractéristiques légales relatives aux modalités d’entreposage des déchets d’activités de soins et assimilés (arrêté du 20 mai 2014 modifiant l’article 8 de l’arrêté du 7 septembre 1999).

Les toilettes

C’est un lieu bien différencié, isolé et signalé. Sa présence est recommandée pour le public mais est obligatoire en cas d’embauche de personnel. Les toilettes doivent respecter la réglementation relative à l’accessibilité aux personnes handicapées ou à mobilité réduite.

Les couloirs

Lieu de passage et de communication entre les différentes pièces du cabinet, ils doivent être pratiques et esthétiques, et répondre aux normes d’accessibilité pour les personnes handicapées ou à mobilité réduite, soit une largeur permettant à deux fauteuils de se croiser ou des zones de dégagements.

Considérations générales

Les matériaux des sols, murs et plafonds font l’objet de normes obligatoires, et doivent être adaptés à un usage intensif et pouvoir être facilement nettoyés, et être pensés en termes de durabilité, d’entretien et de sécurité (résistance au feu, à l’humidité…). L’hygiène et la praticité doivent primer sur l’esthétique, mais cette dernière doit également toujours être pensée en fonction du patient, notamment en ce qui concerne l’impact psychologique des couleurs dans les salles auxquelles il a accès. La luminosité, naturelle et artificielle, l’aération, l’acoustique sont autant d’éléments influant à la fois sur le confort du patient et sur celui du praticien et des équipes et donc à prendre en compte de manière réfléchie lors de l’élaboration du projet. La qualité et le style du mobilier et de la décoration doivent également faire l’objet d’un plan cohérent (esthétique mais également accessibilité du matériel ou des équipements). Les détails comme le choix des interrupteurs, des poignées de portes, doivent aussi être pensés en termes d’hygiène et de praticité.

En conclusion, un cabinet dentaire conçu dans le respect des règles ergonomiques est organisé autour des personnes qui y travaillent quotidiennement aussi bien qu’autour des patients qui y subissent des soins. S’il est pensé de façon fonctionnelle, esthétique et confortable, le cabinet dentaire permet un exercice productif des équipes et la satisfaction des patients. Un cabinet ergonomique permet aux intervenants de se déplacer sans obstacles, avec un accès facile aux différents équipements et matériels. Cela amène toute l’équipe à travailler dans une atmosphère propice à l’épanouissement de chacun. N’oublions jamais que c’est dans le cabinet que le dentiste et son équipe passeront la majeure partie de leur temps. La plus grande rigueur dans l’élaboration de la conception ou de la rénovation d’un cabinet dentaire n’est donc pas un luxe : c’est tout simplement la première étape essentielle de la réussite de son cabinet. Son agencement devra lui permettre d’évoluer au cours de l’exercice afin de pouvoir s’adapter en permanence aux nouvelles techniques et aux nouvelles technologies, mais également aux nouvelles obligations qui seront de plus en plus drastiques dans les années à venir tant sur le plan de l’hygiène et de l’accessibilité que sur le plan écologique.

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